Apocalypse et SF font le ménage sur Terre

par Émeric Cloche

Partager cet article

Depuis que l’humanité existe, l’annonce de la fin du monde est un leitmotiv. Qu’elle soit naturelle, technologique, sociale, biologique, surnaturelle ou qu’elle vienne d’ailleurs, l’apocalypse fascine. Et se trouve être un des sujets de prédilection de la science-fiction.

Parmi les multiples causes de la fin du monde, l’holocauste nucléaire est en bonne place dans les œuvres de Robert Merle avec par exemple son Malevil, celles de Walter M. Miller avec Un cantique pour Leibowitz ou de Nevil Shute avec Sur la plage.
L’invasion extraterrestre tire aussi son épingle du jeu avec La guerre des mondes de H. G. Wells, Le jour des triffides de John Wyndham et Spin de Robert Charles Wilson. Virus et maladie se portent également bien dans ce genre littéraire et peuvent décimer la Terre sans état d’âme. C’est le cas dans Le fléau de Stephen King, La mort blanche de Frank Herbert et Rifteurs de Peter Watts. Pour une lecture plus classique, penchez-vous sur La peste écarlate de Jack London. Quant aux cataclysmes naturels, ils ne sont pas en reste avec les tremblements de terre de Dr. Bloodmoney de Philip K. Dick et 10 sur l’échelle de Richter d’Arthur C. Clarke et Mike McQuay. Parfois, la nature peut se faire perfide. Dans Les fils de l’homme, P. D. James imagine une Terre où les femmes n’enfantent plus et Les quatre Apocalypses de l’auteur britannique J. G. Ballard explorent quatre fins du monde naturelles avec le déluge, la tempête, la canicule et la fossilisation.

Nouvelle thématique

Plus proche de nous, le changement climatique est au cœur de La mère des tempêtes de John Barnes. Et l’on tremble en se disant que, peut-être demain, ces livres ne seront plus de la science-fiction. Une des récurrences du genre apocalyptique se développe autour de thèmes d’actualité : la fin du pétrole, les nanotechnologies, le transgénique… Des auteurs comme Margaret Atwood (Le temps du déluge) ou Barbara Kingsolver (Dans la lumière), dont les œuvres ne sont pas classées en science-fiction, abordent ces sujets.

Survivre

Le principal but du protagoniste de l’apocalypse est de survivre à la catastrophe. Après avoir imaginé ce qui pourrait provoquer la fin du monde et mis en scène l’apocalypse, le principal ressort dramatique du roman apocalyptique est de confronter l’humain à un environnement hostile. Si la nature du monde apocalyptique est particulièrement dangereuse et mortifère (lire Je suis une légende de Richard Matheson), le pire reste souvent l’être humain comme dans La route, le terrifiant roman de Cormac McCarthy où un père et son fils tentent de préserver ce qu’il reste d’humanité en eux.

Il y a une dimension fantasmée dans la mise en scène d’un monde à l’agonie ; l’individu se retrouve face à lui-même dans une sorte de liberté absolue, sans État, sans règles, sans autres lois que celles qu’il va se donner pour survivre. Tout est à (re)faire comme dans Niourk de Stefan Wul et il va falloir s’organiser. Se pose alors – en plus des questions pratiques relatives à la survie – la question de l’humanité avec ce qu’elle comporte de morale aussi bien dans le sens des règles éthiques que dans la mise en place de valeurs communes. Ce côté démiurge pour la survie a quelque chose de fascinant, il est au cœur de l’apocalypse zombie de la bande dessinée (et la série télévisée) The Walking Dead.

Reconstruire le monde

Dans la Bible chrétienne, après l’apocalypse doit venir l’instauration du Royaume de Dieu. En science-fiction, ce qui vient après la fin du monde n’est pas le Royaume de Dieu, mais une tentative de survie dans un milieu hostile. Après la destruction du monde, il faut tenter de le reconstruire, ce qui peut passer par des aspects pratiques comme remettre en place le réseau des postes des États-Unis d’Amérique afin de connecter les gens entre eux (Le facteur de David Brin). Dans Station Eleven d’Emily St. John Mandel, la vie s’organise autour de petites communautés plus ou moins sectaires pendant qu’une troupe de théâtre parcourt les routes avec la Caravane de la Symphonie et un slogan « Parce que survivre n’est pas assez. »

Pour survivre, la race humaine peut s’organiser dans des lieux protégés comme dans La possibilité d’une île de Michel Houellebecq. Elle peut aussi s’enfuir dans des mondes parallèles ou à la conquête de l’espace, afin de trouver une maison et des ressources pour reconstruire ce qui a été détruit. Ainsi, la thématique de Terry Pratchett et Stephen Baxter dans La longue Terre. Parfois, l’apocalypse se dessine dans un monde décalé et poétique. C’est le cas de La cité à la fin des temps de Greg Bear où des personnes rêvent d’une cité lointaine qui se meurt. Parfois l’apocalypse crée une étrange perspective d’évolution comme dans Celle qui a tous les dons de M. R. Carey. Tout est possible puisque tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir… Et s’il ne restait qu’un homme sur terre? Céline Minard joue avec ce fantasme dans son Dernier monde, qui fait écho au Monde enfin de Jean-Pierre Andrevon, démontrant une évidence : même si la race humaine venait à disparaître, la vie continuerait, sans nous.


Articles

Agnès Martin-Lugand, la romancière qu...

Lire l'article

Earl Thompson et Bruno Pellegrino, hér...

Lire l'article

Livres voyageurs

Lire l'article

Quand le journaliste mène l’enquête

Lire l'article

Faire des sciences à la plage

Lire l'article

Bulles enneigées

Lire l'article

Écoutez un livre

Lire l'article

Du livre à la coupe

Lire l'article

Portrait d’un peintre

Lire l'article

Femme et sexualité : la fin des myth...

Lire l'article

Publicité