Aimer Lire N° 7, mai 2018
Du livre a la Coupe

Du livre à la coupe

par Christian Humbert

Partager cet article

Tous les quatre ans, les experts du football se penchent sur l’histoire du Mondial et publient de nombreux ouvrages en tentant de se distinguer par le verbe ou la photographie.

Quelles que soient leur nationalité ou leur religion, les passionnés de football de tous les continents, jamais rassasiés, n’attendent qu’elle : la fameuse coupe réunissant les meilleures équipes au monde. C’est en Russie que ces dernières se retrouveront cette année, du 14 juin au 15 juillet, si les politiques ne viennent pas troubler ce qui doit avant tout être une fête du ballon rond.

Germán Aczel, un artiste argentin de Buenos Aires, a choisi le dessin pour traiter le sujet. Il a caricaturé avec justesse et gentillesse ceux qui devraient illuminer les stades russes dans lesquels ont brillé par le passé des joueurs tels que Beckenbauer ou Ronaldinho. Après avoir sillonné le monde, Aczel s’est installé en Allemagne, pays dans lequel il a rencontré sa femme en dansant le tango et fait la connaissance de Christopher Fritz avec qui il a réalisé L’histoire illustrée de la coupe du monde de football aux éditions Contre-Dires. Le duo gagnant y évoque les compétitions de 1930 à 2018, de l’Uruguay à Moscou. Des dessins rappellent quelques événements, dont le poulpe censé fournir le nom du vainqueur, le coup de boule de Zidane, la morsure de Luis Suárez ou la main du dieu Maradona.
Les auteurs présentent les enjeux de la compétition à venir ; ils évoquent également le grand absent italien et le clapping islandais. Les stars de chacun des huit groupes sont dessinées : même Shaqiri, sur lequel repose une partie des espoirs suisses, a droit à sa caricature. C’est d’ailleurs le seul joueur helvétique mis en avant.
Les dates des rencontres, le chemin parcouru par les équipes nationales pour participer à la compétition et quelques données historiques concluent l’ouvrage. Il est intéressant d’apprendre que le record de cartons rouges (deux) est détenu par Zinédine Zidane, à égalité avec le Camerounais Rigobert Song.

Tenante du titre et favorite du Mondial russe, l’Allemagne vit le football autant que les pays latins. Plusieurs des meilleurs joueurs du monde y évoluent d’ailleurs chaque fin de semaine dans des stades bondés. Ce n’est pas étonnant que les 100 plus grands héros du foot soit publié en allemand et en français aux éditions L’imprévu.
Décrits comme les gladiateurs du XXIe siècle, cent cinquante-six des meilleurs joueurs, dont le Suisse Granit Xhaka, y sont auscultés en 160 pages. Zidane y est surnommé le chat blanc de Marseille. Chaque portrait, avec sa fiche signalétique, est doublé de spectaculaires photos les mettant en valeur. Les textes sont élégants et faciles à lire. On y sent la nette volonté de mettre en valeur ceux qui ont fait rêver, comme David Beckham, Drogba ou Totti, et ceux qui devraient s’illustrer : Ronaldo, Messi, Hazard ou Griezmann.
Des anecdotes et des commentaires admiratifs complètent les portraits. Il n’y a rien en revanche sur le plus titré des joueurs suisses, un Suisse alémanique pourtant : Stephan Lichtsteiner, qui évolue toujours au plus haut niveau avec la Juventus.

On trouve le même souci de la photographie de qualité et d’une présentation exhaustive de la part de Vincent Duluc, grand reporter à la rédaction de la bible des sportifs francophones, L’Équipe.
Le journaliste a retenu 50 héros pour le Mondial 2018 aux éditions Solar. Il s’est arrêté sur les meilleurs footballeurs d’Afrique (l’Égyptien Mo Salah et le Nigérian Victor Moses), d’Amérique du Sud, d’Asie-Océanie (trois joueurs ont retenu son attention) et bien entendu d’Europe, avec un nombre élevé de Français et d’Allemands. Vincent Duluc rappelle que c’est la Coupe du monde qui crée des légendes. C’est à la suite de cette compétition que d’illustres inconnus ne l’ont plus jamais été et ont pu faire fructifier leur capital dans les plus grands clubs prêts à leur verser des ponts d’or.
L’ouvrage de 120 pages est truffé de jolies histoires autour de ces héros. On y apprend aussi que Lausanne a été le centre du monde, quelques heures durant, à l’automne 2017. C’est en effet un joueur évoluant avec le club de la capitale vaudoise, Kendall Watson, qui a inscrit à la 94e minute le but qualifiant le Costa Rica, opposé au Honduras. Trois jours plus tard, un autre joueur du Lausanne Sport, le Panaméen Gabriel Torres, a marqué un but essentiel dans le match fou qui a vu son petit pays obtenir son ticket pour la Russie contre le Costa Rica, futur adversaire de la Suisse. Duluc décrit bien entendu les stades où évolueront les équipes et expose quelques statistiques sur une page.

La démarche proposée par Alain Cayzac, ancien président du Paris Saint-Germain, et Guillaume Evin, journaliste, est différente. Le titre de leur pavé de 288 pages annonce d’entrée leur propos : Tellement plus que du foot! Les plus grandes Coupes du monde aux éditions Dunod. Les deux auteurs fréquentent le milieu du football et du show-business. Ils ont sollicité des personnalités, surnommées les quarante glorieux, aussi différentes que Michel Hidalgo, Aimé Jacquet ou Cyril Hanouna, le trublion de la télévision de (très grande) détente.

C’est tout le gratin du football français que le duo a approché. D’ailleurs, Estelle Denis, compagne de l’ancien entraîneur de l’équipe de France Raymond Domenech, préface le livre, rappelant qu’il n’y a rien de tel qu’un débat sur le ballon rond pour animer un repas.

De grands témoins, de Patrick Battiston à l’inévitable Zinédine Zidane, racontent leur perception des événements vécus de l’intérieur et les Coupes du monde traversées avec plus ou moins de bonheur.

Six pages de références soulignent le travail d’historien des deux auteurs qui ne cherchent pas le futile mais l’émotion d’une défaite ou d’une victoire. Il leur est bien entendu difficile d’oublier les incidents d’Afrique du Sud, avec la grève des Tricolores, mais aussi la descente des Champs-Élysées, coupe du monde en main. Ils ne dissimulent pas leur espoir que leur équipe de France connaisse le même succès final en juillet prochain.

Ce livre renferme des surprises à chaque page : une réussite. La cinquième Coupe du monde, en 1954 en Suisse, y est bien entendu évoquée.

Messi vs Ronaldo, qui est le meilleur? paru aux éditions Solar propose un autre angle d’approche. Le titre de l’ouvrage d’Alexandre Seban évoque un match de boxe et raconte sur 260 pages la vie personnelle et sportive des deux dominateurs du football mondial depuis dix ans. Les deux trentenaires se partagent le Ballon d’or depuis deux lustres et personne, pas même Neymar, ne risque de les détrôner ces prochaines années. Il y est question de leur jeunesse, plus pénible pour le Portugais que pour l’Argentin, ainsi que de leurs richesses, sportives et financières, avec un transfert à 25 000 euros pour Ronaldo… à 10 ans. On y apprend aussi la fidélité à un seul club pour l’un, Barcelone, et les super-transferts réussis par l’autre. Sont évoqués enfin leur statut d’icône et leur envie de conquérir le monde et la coupe du monde. Un ouvrage très utile si l’on veut tout savoir de ces deux footballeurs : il y apparaît que le plus discret des deux n’est pas nécessairement le plus sympathique.


Articles

Maylis de Kerangal. À l’origine d...

Lire l'article

Quand l’écrivain devient un héro...

Lire l'article

L’histoire vue d’ailleurs

Lire l'article

La cybercriminalité se connecte aux pol...

Lire l'article

Les BD feel good se portent bien

Lire l'article

Que vive la mémoire!

Lire l'article

Les filles sauvent la planète

Lire l'article

Home Green Home

Lire l'article

Au fil de la broderie

Lire l'article

Dans la bibliothèque de… Mehdi Be...

Lire l'article

Publicité