Aimer Lire N° 7, août 2018
Les BD feel good se portent bien - Patricia Bernheim - Aimer Lire

Les BD feel good se portent bien

par Patricia Bernheim

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Envie d’un brin d’optimisme, d’un zeste d’humanité ou d’un chouïa d’humour? Alors, quand le gris du ciel déteint sur le moral et que le blues se fait sentir, ouvrez une BD pleine de beaux sentiments, de rires et de tendresse. Voici quelques conseils de lecture…

Si vous ne connaissez pas Benoît Drousie dit Zidrou, c’est que le monde de la BD vous est étranger depuis un certain temps. Cet ancien instituteur est devenu aujourd’hui un scénariste très prolifique spécialisé dans les effets comiques. Très vite hissé au rang de best-seller, L’élève Ducobu, réalisé avec le dessinateur Godi, représente un tournant dans sa carrière. À partir de 1993, il devient l’un des scénaristes piliers du journal Spirou ; il commence alors Les Crannibales avec Fournier, Le Boss avec Bercovici et Tamara avec Darasse pour ne citer que quelques-uns de ses projets. Zidrou sait faire rire. Il émeut aussi, grâce à ses récits teintés d’humanité et de respect de l’autre. Il est tout à fait normal donc qu’il soit très présent dans cette sélection estampillée feel good.

Bande annonce du film "Tamara 2" réalisé par Alexandre Castagnetti

Banana split, bananana…

Elle en a parcouru des kilomètres, la 4L rouge Esterel de la famille Faldérault depuis leurs premières aventures parues en 2015! Le 4e tome de la série Les beaux étés, signé par Zidrou et Jordi Lafebre, plonge le lecteur en 1980, l’année où Lio sautille en chantant Banana split. Le mois de vacances annuel suit toujours le même rituel : un père bédéiste qui rend ses planches en retard, les tubes de l’été chantés à tue-tête dans la voiture et l’arrêt pique-nique incontournable. Le clan au complet met cette fois le cap sur la Provence où Pierre, le papa, a acquis une villa toute neuve dont il possède la clé. Toutefois, trouver la porte et la villa va s’avérer un peu plus compliqué… Pour les quinquagénaires, les pérégrinations estivales de la famille belge, ses déboires et ses joies, fleurent bon la nostalgie, la lavande et les éclaboussures d’eau de mer. C’est plaisant et léger comme une brise d’été.

De la Provence à l’Afrique

On retrouve Zidrou pour le 2e tome de la trilogie africaine magnifiquement illustrée par Raphaël Bouchot. Les auteurs content la belle histoire d’Eugène Ysaÿe, un violoniste renommé invité à donner un concert dans le Congo des colons des années 1930. Sous le soleil africain, le musicien fait une rencontre improbable en la personne de Tourne-Disque, l’un des serviteurs de la maisonnée.

Entre ces deux êtres qu’a priori rien ne lie, naît une relation pleine de respect reposant sur leur passion commune pour la musique. D’une sensibilité artistique et d’une culture musicale immense, Tourne-disque ouvre des horizons inattendus au virtuose qui découvre à son contact, dans une atmosphère coloniale pleine d’exotisme, la différence, la tolérance et l’échange.

Restons encore avec Zidrou, parce qu’on ne se lasse pas de ses histoires. Pour mettre en scène les quinze scénarii rassemblés sous le titre La vieille dame qui n’avait jamais joué au tennis & autres nouvelles qui font du bien, l’auteur belge exilé en Andalousie a puisé dans le vivier espagnol neuf jeunes dessinatrices et dessinateurs aux styles très différents. Les thématiques abordées touchent à l’intime. Certains protagonistes sont blessés dans leur âme ou dans leur chair, d’autres sont seuls ou galèrent, mais à la fin, à grand renfort de rire et de tendresse, c’est le côté lumineux de la vie qui l’emporte!

Allez hop, tout le monde à la campagne!

Changeons maintenant d’auteur et de décor avec le 5e tome de Retour à la terre. Dans cette série imaginée par Manu Larcenet et Jean-Yves Ferri, on retrouve Manu, natif de Juvisy (riante bourgade de la banlieue parisienne), parti s’installer à la campagne au milieu des veaux, des vaches et cochons. Depuis que Mariette a repris la fac, Manu se pose beaucoup de questions. Ça va même de mal en pis, mais essayez donc de dégoter un psychologue aux Ravenelles, un coin perdu de 89 habitants! Heureusement, quand le moral flanche, on peut toujours compter sur les autres – notamment un ancien maire ruiné par le fisc et installé, à poil et barbu, dans un arbre centenaire ainsi que deux nouveaux personnages, M. Yacoub l’instituteur et Jean Kriss le hippie.

Chacun cherche sa noisette

Avec Valentine et L’immeuble d’en face, Vanyda avait montré qu’elle aimait les histoires croisées, les rencontres fortuites et la magie de la vie. Dans Un petit goût de noisette, un recueil d’histoires d’amour, chaque personnage s’interroge sur ce qu’il attend de la rencontre avec l’autre : le reflet de ses interrogations, une épaule sur laquelle se poser, ou tout simplement l’amour… Les personnages des différents récits se croisent et se recroisent d’une histoire à l’autre. Certaines sont vraies, d’autres sont inventées. Elles s’enchaînent, heureuses ou malheureuses, mais toujours légères et douces.

Nouveau départ

Pour Églantine, 28 ans, héroïne des Jours sucrés, l’histoire commence tristement. Suite au décès de son père, elle part pour Klervi, le village breton de son enfance où elle a hérité de la pâtisserie paternelle. Elle y retrouve sa vie d’avant, ses souvenirs mais aussi Gaël, son amoureux de l’époque, et l’inénarrable tante Marronde. Elle va surtout découvrir le journal intime de son père dans lequel sont consignés ses secrets de vie et de cuisine et où il est question d’abandon, de filiation, de secrets familiaux. Et si c’était l’occasion d’un nouveau départ pour Églantine? Le scénario de Loïc Clément est touchant et débordant de beaux sentiments, les personnages sont attachants. Que demander de plus à une BD feel good?

Pour terminer cette liste, mentionnons une très jolie série intitulée À coucher dehors, parce qu’il n’est pas fréquent qu’un héros de BD soit porteur de trisomie 21. À la suite de la mort de sa mère, Nicolas, mongolien, va rencontrer son cousin Amédée, un SDF qui vit sur les bords de la Seine. Ce dernier hérite en effet du magnifique pavillon de banlieue de sa tante décédée à condition qu’il devienne le tuteur légal de Nicolas. Très vite, des liens se tissent entre les deux personnages. Comme va le découvrir le SDF, le jeune homme ne se résume pas à son handicap. Comme chaque être humain, il a son histoire, des joies et des blessures, mais aussi des projets et des rêves. Cette BD est une ode à la différence pleine de tendresse qui fait chaud au cœur.


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