Aimer Lire N° 8, novembre 2018

Histoires infinies

par Émeric Cloche

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Depuis l’épopée d’Ulysse et les premières sagas littéraires de l’Islande médiévale, il faut plusieurs paires de mains pour compter les cycles qui peuplent les rayons de science-fiction et de fantasy. Dans ces ouvrages, l’exploration d’autres mondes se fait au long cours pour le plus grand plaisir de ceux qui aiment s’immerger dans de nouveaux territoires.

Que l’on s’attache à un thème, un contexte, un lieu ou des personnages, le cycle permet une exploration profonde. On le qualifie souvent de saga s’il s’attache à un même personnage ou à une famille. Le monde décrit devient de plus en plus palpable au fur et à mesure de la plongée dans les romans. Que l’on soit dans une anticipation qui part d’un lieu connu (Les futurs mystères de Paris de Roland C. Wagner) ou dans un futur lointain qui s’appuie sur une religion (Dominium Mundi de François Baranger), tout un univers se construit à partir d’un élément qui nous est plus ou moins familier.

Cette lecture marathon permet de savourer le travail de l’imaginaire. Nous voilà transformés en ethnologues parcourant La tétralogie noire, une vision de l’angoissant et sombre futur de John Brunner, ou le Paris de la Belle Époque, à la fois historique et décalé, avec Pierre Pevel et son Paris des merveilles. Cependant, ne nous trompons pas, l’émerveillement ressenti ne doit pas cacher un fait essentiel : ces romans qui nous emmènent si loin des contingences de la vie quotidienne nous parlent tous, in fine, de notre monde – exactement comme une tragédie de Shakespeare qui dévoile, à chaque instant, la turpitude des sentiments qui nous hantent.

Dans une société où tout va de plus en plus vite et où les réseaux sociaux réduisent l’expression à une phrase de 280 caractères, une lecture qui peut prendre plusieurs semaines voire plusieurs mois s’inscrit à contre-courant mais permet de s’évader et de construire une autre temporalité, un autre rapport au monde. Le rythme du cycle ou de la saga peut se rapprocher de celui des séries télévisées : un monde va se dessiner, il n’y a plus qu’à choisir où vous voulez aller et qui vous voulez suivre. Est-ce que vous allez dévorer les livres les uns après les autres ou faire des pauses après chaque tome? C’est à vous de trouver votre allure.

Côté fantasy

Jack Vance, auteur phare et touche-à-tout, nous emmène avec la trilogie Lyonesse dans les îles disparues au sud-ouest de la Bretagne ; c’est une façon de découvrir ce que la mythologie celtique permet de développer comme univers. Autre figure historique de la fantasy, Ursula K. Le Guin imagine dans son cycle Terremer un monde peuplé de magie. Ces deux auteurs sont une des nombreuses sources d’inspiration pour les créateurs du jeu de rôle Donjons et dragons, qui lui-même donnera naissance à plusieurs sagas littéraires dont La légende de Drizzt de R. A. Salvatore est la plus connue. Plus proche de nous, La saga du sorceleur d’Andrzej Sapkowski a ravi la critique qui compare l’écrivain polonais à J. R. R. Tolkien, l’auteur du Seigneur des anneaux.

Si Marseille « la catholique » avait déclaré son indépendance deux ans avant l’édit de Nantes, que se serait-il passé? C’est la question posée par Jean-Laurent Del Socorro dans Royaume de vent et de colères. L’auteur s’attache à la fantasy historique ; s’il continue sur cette voie, on parlera sûrement de cycle.

Les auteurs de fantasy bâtissent souvent, à l’instar de Robert E. Howard (Conan le Barbare, Agnès de Chastillon, Solomon Kane) ou David Gemmell (Cycle Drenaï, Cycle Troie, Cycle Rigante, etc.), des histoires autour d’un même univers ou d’un personnage récurrent. Cette année en France, Patrick K. Dewdney débute Le cycle de Syffe dans lequel il explore la jeunesse de son héros dans L’enfant de poussière, puis son adolescence dans La peste et la vigne. Sept volumes sont annoncés.

Côté science-fiction

Dune de Frank Herbert, Fondation ou Les robots d’Isaac Asimov : les incontournables du genre sont connus. La science-fiction est friande de cycles ; en effet, quoi de mieux qu’une série de livres pour explorer un thème? À l’heure du réchauffement climatique, une lecture de La compagnie des glaces de Georges-Jean Arnaud pourra apporter une bouffée de fraîcheur. Moins long, La trilogie Spin de Robert Charles Wilson vous promène dans l’espace alors que la Terre se meurt. David Weber fait basculer les romans d’aventures maritimes dans le space opera avec la saga éponyme consacrée à son héroïne Honor Harrington. Après tout, un vaisseau est un vaisseau, qu’il navigue sur la mer ou dans l’espace, et un nouveau monde est une planète.

Les sagas et les cycles ont beaucoup à nous apprendre. 800, 1’000, 3’000, 10’000 pages… il faut prendre le temps de lire, de s’immerger dans ces mondes. Ces histoires forment de véritables territoires dans lesquelles vous prendrez plaisir à vous évader. Ces livres deviendront de bons amis, de ceux qui vous accompagneront toute votre existence, vous laissant de nombreux souvenirs de lecture. Parfois, vous repenserez à Arya Stark (George R. R. Martin) ou Elric de Melniboné (Michael Moorcock) et, peut-être, ces figures devenues mythiques vous aideront à surmonter les petits et les gros problèmes de la vie de tous les jours.


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