Aimer Lire N° 8, mai 2018
Femme et sexualite : la fin des mythes

Femme et sexualité : la fin des mythes

par Muriel Thalmann

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Que de peurs, de rumeurs et de malentendus sur le corps féminin! Les femmes prennent enfin la parole pour célébrer leur corps et s’épanouir pleinement.

Pendant des siècles, la sexualité féminine, les études et les discours relatifs au sujet ont été une affaire d’hommes dans le but de mieux contrôler la femme, limiter sa sexualité et restreindre sa capacité à disposer de son propre corps. Il y a eu le mythe de l’hymen, preuve indéfectible de la virginité, celui des risques importants liés à la contraception hormonale, celui de l’orgasme vaginal qui serait la norme chez les femmes et qui justifie que l’homme aille vite en besogne, ou encore celui qui relaye des attentes surfaites quant à la première fois qui doit être le top du top…
La recherche médicale, dominée par les médecins mâles, s’est révélée elle aussi des plus nombrilistes. Ainsi, si l’on sait tout sur le pénis, source de fierté, qui a été mesuré et étudié sous toutes les coutures, le clitoris reste au mieux une curiosité. Un exemple : il a fallu attendre 2015 pour établir que la durée moyenne des troubles liés à la ménopause, jusqu’ici largement sous-évaluée, est de 7 ans et non de 2 ans!
Le monde politique n’est guère plus progressiste : ainsi, en Suisse, le taux réduit de la TVA pour les produits de première nécessité (2,5% au lieu de 7,7%) ne s’applique ni aux tampons ni aux serviettes hygiéniques alors qu’une femme utilise environ 12’000 tampons au cours de sa vie.
Ajouté à cela, il y a aussi la stigmatisation sociale avec l’image dénigrante du « sexe faible », la honte des vêtements tachés lors du débarquement inopiné des Anglais, etc.

La menstruation est encore considérée comme un inconvénient biologique qui rend les femmes émotives et irrationnelles et en fait des employées peu fiables. Selon Miranda Gray dans Lune rouge, « La femme menstruelle vit dans une société masculine qui influence sa perception du monde et d’elle-même. Cette société n’offre aucun conseil, aucune structure ou aucun concept en rapport avec les sentiments et le vécu du cycle menstruel : elle n’offre aucune reconnaissance. »

Il existe enfin un enjeu sanitaire : les femmes ignorent tout des maladies gynécologiques « ordinaires » ; s’ensuivent alors de longues souffrances qui pourraient facilement être évitées. Une araignée dans le ventre d’Anne Steiger raconte le « calvaire » de l’auteure et permet de casser les mythes tout en donnant des pistes de réflexion à celles « qui se sentent dépassées par la maladie, assommées par les douleurs et négligées par les médecins qu’elles consultent. »

Il est donc temps que les femmes fassent des choix autonomes et avertis en matière de contraception, de pratiques sexuelles ou d’avortement et que les tabous cessent en matière de menstruation, de ménopause, etc. Des voix s’élèvent et célèbrent le corps féminin tandis que des livres drôles, inspirés, voire ésotériques viennent garnir les rayons des libraires.

Tout sur le sexe féminin

Deux jeunes étudiantes en médecine, Nina Brochmann et Ellen Støkken Dahl, ont écrit le livre que toute adolescente devrait avoir dans les mains : Les joies d’en bas propose une approche scientifique et décomplexée du corps féminin et de la sexualité. Ainsi l’on apprend que les sexes féminins en bonne santé ont une odeur et que non, les pertes ne sont ni dégoûtantes, ni signe d’impureté ou de négligence hygiénique. Dans le registre de la sexualité, les auteures expliquent que le désir sexuel ne vient pas tout seul et que tout premier rapport sexuel sera laborieux, pour l’homme comme pour la femme : la pratique du sexe, comme pour le vélo, requiert de l’entraînement. Quant à l’orgasme vaginal de la femme, il s’agit d’une invention moderne (merci Sigmund Freud!) ; en fait, c’est tout le contraire : ne pas avoir d’orgasme lors d’un rapport sexuel ordinaire avec un homme est la norme. Les auteures observent que « les femmes sont censées avoir une compréhension innée de la contraception » et que les importants effets secondaires positifs de la contraception hormonale sont passés sous silence, les médias s’étalant sur ceux qui sont rares et dangereux. Elles constatent enfin que les femmes ont encore aujourd’hui d’importantes lacunes en ce qui concerne les maladies gynécologiques ordinaires, comme l’endométriose, alors que 10% des femmes souffrent de cette maladie qui affecte considérablement leur vie.
Le livre fourmille de conseils utiles égrainés au fil des chapitres sous la forme d’encadrés intitulés « Comment bien se raser », « Connaître ses sécrétions vaginales », « La première fois », « Comment jouir et rejouir », « Guide de la contraception » ou « Les bons gestes pour prévenir les cystites ».

Honorer le cycle féminin

Lune rouge de Miranda Gray initie la femme à sa nature cyclique afin qu’elle apprenne à utiliser les forces et qualités particulières qui caractérisent chaque moment du cycle menstruel. Cette approche quelque peu ésotérique donne accès à un savoir perdu depuis la nuit des temps : en identifiant les quatre périodes, il est possible de comprendre les raisons des changements qui affectent l’humeur, l’énergie et la créativité afin de libérer les différentes forces qui sont en nous et apprendre à s’aimer et à s’accepter. Ne nous laissons pas enfermer dans un processus passif, que l’on préfère ignorer voire cacher, mais apprenons à nous libérer « des réactions conditionnées et des limitations imposées par la société » pour avoir une influence active sur notre développement physique, émotionnel, intellectuel et spirituel ainsi que sur la société et son environnement.

Désacraliser le clitoris, vaste champ des possibles

Quoi de mieux qu’un tandem sexologue-journaliste, comme celui incarné par Alexandra Hubin et Caroline Michel, pour nous raconter les découvertes stupéfiantes sur le clitoris, cet organe « étonnant, créatif et ingénieux »? Leur ouvrage, Entre mes lèvres mon clitoris, nous apprend à lâcher prise : en matière de sexualité, chaque femme possède ses propres singularités et ses préférences ; il n’existe donc aucune règle, aucune manière de « bien faire ».

Il est donc grand temps de dépasser notre conditionnement et de considérer notre sexualité et notre corps avec un regard neuf et fier et de les reconquérir.


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