Aimer Lire N° 7, mai 2018
Earl Thompson et Bruno Pellegrino

Earl Thompson et Bruno Pellegrino, héros des libraires !

par Joëlle Brack

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Le 1er Prix des Libraires Payot est décerné à deux romans récents, l’un francophone et l’autre traduit. Histoire de cette jolie aventure dévoilée le 31 mai 2018.

À force de dévorer chaque année les nouveautés éditoriales, à force de parer les livres de beaux bandeaux rouges distinguant les lauréats des prix littéraires, à force d’être partenaires de prix des lecteurs fondés par tel ou tel magazine romand, les libraires Payot ont vraiment eu envie de créer leur propre récompense… Et ils ont su faire passer le message – car, comme vous l’avez sans doute déjà expérimenté en les voyant à l’œuvre, ils se montrent volontiers éloquents et convaincants!

Né du désir de « professionnels de la lecture » amoureux de leur métier et passionnés par leurs découvertes, le Prix des Libraires Payot – catégorie « roman francophone » et catégorie « traduction » – a donc été fondé au début du printemps 2018, et sa concrétisation a immédiatement suivi. Son principe? Les libraires Payot sont un formidable vivier d’environ deux cents lecteurs fervents, dont l’avis est en quelque sorte un outil de travail : leur choix individuel de trois romans francophones et trois romans traduits, publiés entre août 2017 et mars 2018, ne pouvait donc que constituer un palmarès riche et très varié de la création littéraire récente! Par brassées, nos libraires ont donc jeté dans la balance les titres qui avaient su séduire leur esprit et leur cœur au cours des derniers mois.

« Les libraires Payot sont un formidable vivier d’environ deux cent fervents lecteurs. »

Le défi a cependant été relevé, avec fougue et bonne humeur, dans l’euphorie que procurent le plaisir de défendre ceux que l’on aime et la perspective de mettre en valeur de vrais choix. En quelques séances, qui ont joyeusement marqué les débuts effectifs du Prix des Libraires Payot, se sont clairement détachés les pelotons de tête et, après des discussions animées autour des auteurs, des styles et des thèmes, les incontestables lauréats de ce tout premier Prix!

Le domaine de la littérature francophone a dès l’abord montré que, de manière aussi drôle que fortuite (mais, au fond, très logique), les préférences allaient à des romans parlant… de livres, d’écrivains et de librairies! Soit Nos richesses de Kaouther Adimi, qui retrace de manière originale l’aventure du fameux éditeur et libraire Edmond Charlot à Alger dans les années 1930-1960, l’étonnant Homme surnuméraire de Patrice Jean (le politiquement correct et l’autocensure auront-ils raison du patrimoine littéraire et de la liberté d’expression?), et Là-bas, août est un mois d’automne de Bruno Pellegrino, incursion mi-documentée mi-imaginaire dans la vie du grand poète et photographe vaudois Gustave Roud et de sa sœur Madeleine. C’est finalement à ce dernier titre et à son jeune auteur, membre de l’AJAR, qu’a été attribué le Prix, tant pour la délicatesse – tantôt nostalgique, tantôt malicieuse – de son approche d’un « couple » insolite et touchant, que pour la lumière jetée sur l’environnement intime d’une œuvre raffinée mais puissante. Fidèles à leur mission de passeurs, les libraires Payot espèrent d’ailleurs que leur Prix incitera à redécouvrir la poésie splendide et les écrits de Gustave Roud!

Bruno Pellegrino vous présente Là-bas, août est un mois d’automne

Du côté de la littérature traduite, la palette était plus diverse, allant d’Underground Railroad de Colson Whitehead, prix Pulitzer 2017, aux énigmatiques premiers romans de jeunes auteures flamande (Lize Spit, Débâcle) ou islandaise (Sigrídur Hagalín Björnsdóttir, L’île) en passant par Zouleikha ouvre les yeux (Gouzel Iakhina), histoire tatare traduite du russe, et l’électrisant Écoute la ville tomber de Kate Tempest! Mais Un jardin de sable d’Earl Thompson (1931-1978) s’est rapidement imposé, le souffle de ce drame américain ancré dans la Grande Dépression balayant finalement tout sur son passage. Premier de quatre romans partiellement autobiographiques, ce Jardin – nettement moins bucolique que son titre ne le laisserait imaginer – passe la misère sociale du Kansas des années de crise, au crible d’un style ample, impitoyable, brutal et poignant. Jacky, un jeune garçon déshérité que sauvera son désir de s’extraire d’un milieu sordide et violent, rejoint le panthéon des héros de Dickens ou Zola, la dimension provocatrice en plus. Une révélation que l’on doit au très beau travail de Monsieur Toussaint Louverture, maison d’édition encore jeune (2004) mais au catalogue impressionnant, et dont la quête « aux marges de la littérature » se trouve elle aussi récompensée.

Ces deux titres, si différents dans leur style, si pareillement exigeants et singuliers, sauront-ils vous emporter comme ils nous ont conquis? C’est en tout cas ce que nous souhaitons de tout cœur en donnant son envol au Prix des Libraires Payot 2018!

Ecoutez l’avis d’un de nos libraires sur l’ouvrage d’Earl Thompson

SÉLECTION LITTÉRATURE FRANCOPHONE

Delphine de Vigan, Les loyautés, JC Lattès, janvier 2018 • Bruno Pellegrino, Là-bas, août est un mois d’automne, Zoé, (lauréat 2018) • Sorj Chalandon, Le jour d’avant, Grasset, août 2017 • Pierre Lemaitre, Couleurs de l’incendie, Albin Michel, janvier 2018 • Gaëlle Josse, Une longue impatience, Noir sur Blanc, janvier 2018 • évelyne Pisier et Caroline Laurent, Et soudain, la liberté, Les Escales, août 2017 • Isabelle Carré, Les rêveurs, Grasset, janvier 2018 • François-Henri Désérable, Un certain M. Piekielny, Gallimard, août 2017 • Kaouther Adimi, Nos richesses, Seuil, août 2017 • Max Lobe, Loin de Douala, Zoé, mars 2018 • Patrice Jean, L’homme surnuméraire, Rue Fromentin, août 2017

Prix Libraires Payot

SÉLECTION LITTÉRATURE TRADUITE

Richard Wagamese, Jeu blanc, Zoé, septembre 2017 • Donatella Di Pietrantonio, La revenue, Seuil, janvier 2018 • Colson Whitehead, Underground Railroad, Albin Michel, août 2017 • Gouzel Iakhina, Zouleikha ouvre les yeux, Noir sur Blanc, août 2017 • Elif Shafak, Trois filles d’ève, Flammarion, janvier 2018 • Lize Spit, Débâcle, Actes Sud, février 2018 • Kate Tempest, écoute la ville tomber, Rivages, janvier 2018 • Earl Thompson, Un jardin de sable, Monsieur Toussaint Louverture (lauréat 2018) • Sebastian Barry, Des jours sans fin, Joëlle Losfeld, janvier 2018 • Sigrídur Hagalín Björnsdóttir, L’île, Gaïa, février 2018

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