Aimer Lire N° 8, novembre 2018
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Conquête spatiale : l’histoire d’une compétition

par Guillaume Henchoz

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Les puissances du xxe siècle se sont affrontées sur plusieurs champs de bataille terrestres mais aussi dans l’espace. La conquête des cieux et de la Lune a donné lieu à une lutte musclée entre les deux grands de ce monde pour affirmer leur puissance au-delà du firmament. Envol vers la course aux étoiles.

« Je vois la Terre! Je vois les nuages! C’est magnifique! Quelle beauté! » Les Américains qui interceptent ce message venu de l’espace le 12 avril 1961 ont compris que les Soviétiques les ont devancés. La voix qu’ils entendent est celle de Youri Gagarine, le premier humain à réaliser un vol spatial. De retour sur la Terre, Gagarine est considéré comme un héros, et ce n’est pas sans raison : alors que son vaisseau rentrait dans l’atmosphère, il s’est mis à tournoyer dangereusement sur lui-même. Gagarine a été soumis pendant 10 minutes à des accélérations de 10 G – c’est comme si son poids avait été multiplié par dix! La capsule Vostok qui le ramenait à bon port n’était pas équipée de rétrofusées performantes. Gagarine s’est donc éjecté à 7’000 mètres et a terminé son voyage en parachute. Le premier homme à effectuer un vol spatial a bien failli ne pas retrouver le plancher des vaches vivant…
Si les Soviétiques ont pris autant de risques, c’est parce que l’exploration spatiale est avant tout une compétition, une course aux étoiles qui se joue face aux Américains. Le match a commencé juste après la Seconde G uerre mondiale, lorsque les Soviétiques ont pu mettre la main sur les plans des fameuses fusées balistiques V2 que le régime nazi utilisait pour frapper les Alliés jusqu’à Londres. Cependant, les Américains ont touché le jackpot en récupérant à la même époque de nombreux ingénieurs, à l’instar de Wernher von Braun qui deviendra une des chevilles ouvrières de la NASA.

Les États-Unis envoient Alan Shepard dans l’espace quelques mois après Gagarine mais ce n’est pas très glorieux, comme le rappelle l’astronaute Scott Kelly dans ses mémoires : « Shepard a dû attendre tellement longtemps avant le lancement qu’il a fini par avoir besoin de se soulager… C’est ainsi que le premier Américain à quitter la Terre l’a fait les fesses mouillées. Depuis les astronautes portent des couches. »

Le 20 juillet 1969, l’oncle Sam reprend la main. Derrière leur poste de télévision, les Terriens voient Neil Armstrong marcher sur la Lune : « C’est un petit pas pour l’homme mais un bon de géant pour l’humanité. » Ce voyage lunaire est la concrétisation d’un programme ambitieux lancé par les Américains : les missions Apollo. Plusieurs expéditions lunaires sont organisées jusqu’en 1972, mais les voyages sur le petit satellite coûtent très cher et déjà les deux grandes puissances lorgnent d’autres modes d’exploration et d’observation.

Après l’annulation des dernières missions Apollo, des ingénieurs ont l’idée d’utiliser le dernier étage d’une fusée lunaire pour le transformer en station spatiale : Skylab est née. Elle est placée en orbite en mai 1973. Les équipages s’y succèdent afin de mener des expériences. Les astronautes ont un emploi du temps très chargé et commencent à se plaindre de surmenage : ils travaillent plus de 16 heures d’affilée et la fatigue s’accumule. Comme leurs demandes ne sont pas prises en compte, ils décident d’interrompre tout contact avec la base pendant 24 heures le 28 décembre 1973. La première grève de l’espace vient d’avoir lieu!

De son côté, le régime soviétique – à bout de souffle – parvient encore à mettre en orbite en 1986 l’impressionnante station Mir et ses 350 mètres cubes. Compétition oblige, les Russes vont chercher à décrocher de nouveaux records comme celui de la personne qui est restée le plus longtemps dans l’espace. Le cosmonaute Valeri Poliakov prendra ainsi ses quartiers dans la station pendant plus de 14 mois!

Toutefois, le temps de la détente est aussi venu, et la guerre froide touche à sa fin. La compétition tourne peu à peu à la coopération : des cosmonautes russes embarquent sur des vaisseaux américains tandis que des astronautes américains sont invités à mener des expériences à bord de la station Mir. Cette dernière coûte trop cher pour le nouveau régime post-soviétique. Elle est abandonnée puis détruite. Les Russes investiront dorénavant dans un nouveau projet collectif : la station spatiale ISS.

Depuis les années 1980, l’espace n’est plus le terrain de jeu réservé aux seules puissances russes et américaines. D’autres pays forment des astronautes. L’ISS est d’ailleurs le fruit d’une collaboration internationale : les États-Unis fournissent l’essentiel des infrastructures permettant de gagner l’espace, le Canada planche sur un bras articulé servant à arraisonner les navettes et les Européens produisent les modules-laboratoires de la station.

Cependant, l’ISS ne marque pas la fin de l’ère de la compétition, et de nouveaux acteurs entrent en jeu. En 2003, 52 ans après l’URSS, c’est au tour de la Chine d’envoyer son premier taïkonaute en orbite terrestre. En 2011, la Chine met en orbite sa propre station spatiale, Tiangong 1, plus modeste que l’ISS, qui finit par se désintégrer dans l’atmosphère en avril 2018. Toutefois, les Chinois ne se découragent pas et ont déjà lancé les stations Tiangong 2 et Tiangong 3.

Un second acteur s’est également impliqué dans l’exploration des étoiles, le secteur privé. D’ailleurs, les premiers séjours touristiques ont déjà eu lieu dans l’espace. La NASA cherche à jeter un voile pudique sur ce genre de pratiques. Elle préfère parler de « participant à un vol spatial » plutôt que de « touriste spatial », mais il ne faut pas s’y tromper : le ciel fait rêver au point que certains sont capables de payer des fortunes pour y voyager tandis que d’autres considèrent l’espace comme un endroit où investir. Dans la ligne de mire de ces investisseurs, il y a bien évidemment la planète Mars.

Dans les années 1960, la conquête spatiale était l’affaire de deux nations – les États-Unis et l’URSS – qui se sont livrées une compétition effrénée. Toutefois, la course vers Mars se joue sur une autre partition : ce n’est pas un État mais une compagnie privée qui pourrait remporter la mise. Quoi qu’il en soit, cela se fera d’abord dans un esprit d’entraide et de coopération affirme l’astronaute Scott Kelly : « Les vols spatiaux sont un sport d’équipe sans égal. Pour envoyer une personne dans l’espace il faut le soutien et la collaboration de milliers de personnes. Si nous voulons aller sur Mars, ce sera très, très difficile, cela coûtera beaucoup d’argent et peut-être des vies humaines. Mais je sais que si nous le décidons, nous y arriverons. »


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