Aimer Lire N° 8, novembre 2018
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Au commencement était la mythologie grecque

par Laurence Desbordes

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Absolument incontournables, les récits d’Homère et La Théogonie d’Hésiode sont à l’origine de la plupart des grandes œuvres littéraires. Depuis quelque temps, ces classiques lancent un nouveau souffle sur la production livresque. Partons sur les traces des muses Calliope et Polymnie!

Les deux grands piliers de l’art sont, depuis le Moyen Âge, la Bible et la mythologie grecque. Que ce soit en musique, en peinture ou en littérature, ces récits monumentaux ont donné naissance, par artistes interposés, à d’incommensurables chefs-d’œuvre. Du côté de l’Italie, c’est plutôt l’art pictural qui, à la Renaissance, a puisé son inspiration dans les récits helléniques. Ainsi, La naissance de Vénus de Botticelli, Léda et le cygne de Léonard de Vinci ou encore Le triomphe de Galatée de Raphaël sont autant de témoignages italiens en faveur des légendes grecques. Pour autant, la littérature de la même époque emprunte également à ces mythes avec des œuvres colossales comme La divine comédie de Dante ou Le Décaméron de Boccace. Toutefois, c’est surtout vers l’Hexagone et de l’autre côté de la Manche que les histoires d’Homère ou d’Hésiode ont inspiré les hommes de lettres.

Les classiques

Ainsi, John Milton construit Le paradis perdu, qui fut l’œuvre de sa vie, en s’appuyant sur la Bible et en cimentant la construction des douze chapitres qui composent le cantique fleuve comme un récit d’Homère ou de Virgile. Par ailleurs, nul n’ignore que le prolifique Shakespeare a trempé sa plume d’oie dans la mythologie grecque afin d’écrire la plupart de ses pièces de théâtre élisabéthain. Si l’on devait n’en citer qu’une, on se dirigerait immédiatement vers La tempête. Toutefois, Le conte d’hiver et encore bien d’autres sont tout autant de portes vers la Grèce antique. À la même époque, le dramaturge français Jean Racine et l’écrivain allemand Goethe ressuscitent Phèdre ou Iphigénie pour le plus grand plaisir des érudits du moment.

Romanesque poétique

Si le xviiie siècle, se concentre sur les sciences et la philosophie hellènes, en revanche le xixe siècle avec son romantisme échevelé, s’engouffre dans les histoires grecques avec une passion qui n’a plus jamais été égalée. Ainsi, le trio magnifique Keats, Shelley et Byron s’inspire grandement des épopées homériques et nous concocte des vers qui emballent l’âme et l’esprit. Leur cousin américain Nathaniel Hawthorne, auteur de la fameuse Lettre écarlate, était convaincu que pour comprendre les œuvres littéraires de sa contrée, il fallait totalement maîtriser les mythes classiques et la Bible.

On ne peut pas lui donner tort puisque presque tous les romanciers du xixe siècle et de la première moitié du xxe vivant au pays de l’Oncle Sam ont écrit des histoires totalement imbibées de l’Ancien et du Nouveau Testament, mais également de la mythologie grecque. Pour ne citer que les plus connus, on nommera John Steinbeck, Herman Melville, Henry James, William Faulkner, Ernest Hemingway, Carson McCullers ou les dramaturges Eugene O’Neill et Tennessee Williams. Il est vrai que du côté de la littérature américaine, les références grecques et bibliques sont légion et inévitables. Cependant, ces récits ancestraux ont, au fil des ans, séduit de plus en plus d’écrivains chevronnés et d’hommes de théâtre au-delà des frontières et des langues. Avec son Ulysse, James Joyce raconte sur environ 700 pages la journée de pérégrination dans Dublin de Leopold Bloom et Stephane Dedalus qui ne sont autres que des représentations d’Ulysse et de Télémaque. Chef-d’œuvre du mouvement «courant de conscience», l’opus de Joyce est devenu un classique de la littérature – tout comme les Cent ans de solitude de Gabriel García Márquez trois décennies plus tard. Avec l’histoire sur sept générations de la famille Buendia dans le petit village imaginaire de Macondo, le prix Nobel colombien dessine une structure espace-temps semblable à celle des récits d’Homère. En France, ce sont les dramaturges Jean Anouilh et Jean Giraudoux ou le romancier André Gide qui vont irriguer leurs champs imaginaires de héros grecs en redonnant vie à Électre, Antigone ou en nous plongeant dans la guerre de Troie. Toutes ces réinterprétations de mythes grecs ainsi que de L’Iliade et L’Odyssée avaient pour but de nous faire réfléchir de manière philosophique sur la fragilité de la condition humaine

Et aujourd’hui?

La tendance actuelle n’est plus à la construction d’une légende ou d’un mythe. Le but des auteurs contemporains est plutôt d’humaniser et de moderniser les héros grecs afin de les rendre fragiles et mortels. Le psychanalyste et romancier Henry Bachau nous a ainsi offert deux petits bijoux avec ses romans Œdipe sur la route et Antigone. Ce sont des œuvres puissantes qui réécrivent les mythes en les incarnant à travers le prisme d’hommes aux prises avec des problématiques quotidiennes. Le principe est le même avec Le Centaure de l’Américain John Updike où l’on trouve le pauvre George Caldwell, un professeur blessé par une flèche à la cheville et méprisé par ses élèves. Enfin, les protagonistes du Chant d’Achille et de Circé de Madeline Miller, elle aussi Américaine, nous font espérer un monde meilleur en vivant des histoires d’amour poignantes.

On ne peut pas lui donner tort puisque presque tous les romanciers du xixe siècle et de la première moitié du xxe vivant au pays de l’Oncle Sam ont écrit des histoires totalement imbibées de l’Ancien et du Nouveau Testament, mais également de la mythologie grecque. Pour ne citer que les plus connus, on nommera John Steinbeck, Herman Melville, Henry James, William Faulkner, Ernest Hemingway, Carson McCullers ou les dramaturges Eugene O’Neill et Tennessee Williams. Il est vrai que du côté de la littérature américaine, les références grecques et bibliques sont légion et inévitables. Cependant, ces récits ancestraux ont, au fil des ans, séduit de plus en plus d’écrivains chevronnés et d’hommes de théâtre au-delà des frontières et des langues. Avec son Ulysse, James Joyce raconte sur environ 700 pages la journée de pérégrination dans Dublin de Leopold Bloom et Stephane Dedalus qui ne sont autres que des représentations d’Ulysse et de Télémaque. Chef-d’œuvre du mouvement «courant de conscience», l’opus de Joyce est devenu un classique de la littérature – tout comme les Cent ans de solitude de Gabriel García Márquez trois décennies plus tard. Avec l’histoire sur sept générations de la famille Buendia dans le petit village imaginaire de Macondo, le prix Nobel colombien dessine une structure espace-temps semblable à celle des récits d’Homère. En France, ce sont les dramaturges Jean Anouilh et Jean Giraudoux

On ne peut pas lui donner tort puisque presque tous les romanciers du xixe siècle et de la première moitié du xxe vivant au pays de l’Oncle Sam ont écrit des histoires totalement imbibées de l’Ancien et du Nouveau Testament, mais également de la mythologie grecque. Pour ne citer que les plus connus, on nommera John Steinbeck, Herman Melville, Henry James, William Faulkner, Ernest Hemingway, Carson McCullers ou les dramaturges Eugene O’Neill et Tennessee Williams. Il est vrai que du côté de la littérature américaine, les références grecques et bibliques sont légion et inévitables. Cependant, ces récits ancestraux ont, au fil des ans, séduit de plus en plus d’écrivains chevronnés et d’hommes de théâtre au-delà des frontières et des langues. Avec son Ulysse, James Joyce raconte sur environ 700 pages la journée de pérégrination dans Dublin de Leopold Bloom et Stephane Dedalus qui ne sont autres que des représentations d’Ulysse et de Télémaque. Chef-d’œuvre du mouvement «courant de conscience», l’opus de Joyce est devenu un classique de la littérature – tout comme les Cent ans de solitude de Gabriel García Márquez trois décennies plus tard. Avec l’histoire sur sept générations de la famille Buendia dans le petit village imaginaire de Macondo, le prix Nobel colombien dessine une structure espace-temps semblable à celle des récits d’Homère. En France, ce sont les dramaturges Jean Anouilh et Jean Giraudoux ou le romancier André Gide qui vont irriguer leurs champs imaginaires de héros grecs en redonnant vie à Électre, Antigone ou en nous plongeant dans la guerre de Troie. Toutes ces réinterprétations de mythes grecs ainsi que de L’Iliade et L’Odyssée avaient pour but de nous faire réfléchir de manière philosophique sur la fragilité de la condition humaine


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